{"id":718,"date":"2020-05-26T11:19:31","date_gmt":"2020-05-26T09:19:31","guid":{"rendered":"https:\/\/avalanchabarranquismo.es\/la-premiere-descente-du-canyon-mascun\/"},"modified":"2024-10-07T12:33:48","modified_gmt":"2024-10-07T10:33:48","slug":"la-premiere-descente-du-canyon-mascun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.avalancha.org\/fr\/blog\/la-premiere-descente-du-canyon-mascun\/","title":{"rendered":"La premi\u00e8re descente du Canyon Masc\u00fan"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019Historiette de La Sierra de Guara<\/p>\n<p>En 1974, on a fait la premi\u00e8re descente globale de Masc\u00fan, le canyon le plus important de la Sierra de Guara a \u00e9t\u00e9 atteint par une \u00e9quipe du Club Pe\u00f1a Guara. En fouillant dans les biblioth\u00e8ques de p\u00e9riodiques de l&rsquo;\u00e9poque, nous avons trouv\u00e9 l&rsquo;article o\u00f9 l&rsquo;un de ses membres, Adolfo Cast\u00e1n, raconte les aventures de cette descente.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient d\u2019autres temps, et le ph\u00e9nom\u00e8ne de canyonisme pour tous \u00e9tait encore loin d\u2019y arriver. Il \u00e9tait une activit\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e aux sp\u00e9cialistes, le mat\u00e9riel \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00e9caire et l&rsquo;\u00e9quipement d\u2019assemblage des canyons \u00e9tait de z\u00e9ro. Il avait comme contrepartie une plus forte dose de romantisme, de d\u00e9couverte, d&rsquo;incertitude.<\/p>\n<p>Ci-dessous on vous transcrit le r\u00e9cit journalistique, qui va s\u00fbrement plaire aux amateurs du <a href=\"https:\/\/staging.avalancha.org\/fr\/canyoning\/\">canyoning<\/a>. Cela fera bient\u00f4t 40 ans.<\/p>\n<p>Le 17 ao\u00fbt nous sommes \u00e0 Rodellar. 18 ao\u00fbt, il est 6h du matin, apr\u00e8s un petit d\u00e9jeuner frugal, nous distribuons le mat\u00e9riel aux 6 membres de l&rsquo;exp\u00e9dition\u00a0: Marian, Tirso, Carlos, Pepe, Manolo et Adolfo. Une corde de 100 m\u00e8tres, une autre de 60m, deux trousseaux de Jumar, des descendeurs et des assureurs Shunt, 18 mousquetons, des pointeaux, des pitons, des chevilles, un marteau, deux appareils photo dans une bo\u00eete en plastique herm\u00e9tique et de la nourriture l\u00e9g\u00e8re et \u00e9nerg\u00e9tique, c&rsquo;est tout ce que nous avons emport\u00e9.<\/p>\n<p>Nous nous sommes pass\u00e9s de canots pneumatiques, qui auraient \u00e9t\u00e9 trop lourds \u00e0 porter pendant approximativement trois heures. Nous passerons les points d&rsquo;eau \u00e0 la nage. Nous montons \u00e0 un bon rythme la c\u00f4te d&rsquo;Ot\u00edn, et l\u00e0, sauv\u00e9s, le sol commence \u00e0 friser l&rsquo;horizon de la montagne Sivil. Sans la moindre pause, en moins de 3 heures, nous nous retrouvons devant notre objectif: El Saltador\u00a0 de las La\u00f1as.<\/p>\n<p>Le marteau commence \u00e0 frapper le pointeau avec force. La roche est extr\u00eamement crevass\u00e9e et le trou n&rsquo;est pas adapt\u00e9 pour un piton. Nous pla\u00e7ons dans une fissure une cheville normale et nous installons la corde double de 100 m\u00e8tres, mesur\u00e9e \u00e0 32 m\u00e8tres (la hauteur du saut). Sur notre droite, \u00e0 environ 100 m\u00e8tres, nous remarquons un point sur lequel on arriverait \u00e9galement au fond, avec un petit rappel de 6 m\u00e8tres. Cependant, nous sommes venus pour accomplir la descente int\u00e9grale, sans variante, pour laquelle nous faisons des rappels de el Salto. Nous r\u00e9fl\u00e9chissons au chemin que les Fran\u00e7ais avaient emprunt\u00e9 l&rsquo;an dernier pour descendre, c&rsquo;est possible uniquement gr\u00e2ce \u00e0 des vis qui ont d\u00fb \u00eatre abandonn\u00e9s, mais il ne reste aucune trace \u00e0 leur place. Le sauteur termine dans une mare que nous longeons par la rive droite. La largeur de la gorge est d&rsquo;environ 70 m\u00e8tres. L&rsquo;eau ne coule pas du tout et le ciel est compl\u00e8tement d\u00e9gag\u00e9, tout d\u00e9bute sous les meilleures auspices. Pendant que nous plions les cordes, deux compagnons avancent. Le canal se resserre progressivement. La descente est l\u00e9g\u00e8re et passe par de grands blocs. A peine 300 m\u00e8tres parcourus, et nous sommes d\u00e9tenus par une mare profonde occupant les 23 m\u00e8tres qui s\u00e9parent les deux rives.<\/p>\n<p>L&rsquo;eau est tr\u00e8s froide mais nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;autre solution que de traverser \u00e0 la nage. Nous enlevons nos v\u00eatements que nous mettons dans les sacs \u00e0 dos, prot\u00e9g\u00e9s dans une pochette plastique. Il se jette \u00e0 l&rsquo;eau le premier \u00e0 la vitesse de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>La sortie est une petite ouverture d&rsquo;un demi-m\u00e8tre de long. Apr\u00e8s cela, un saut de 8 m\u00e8tres. Au pied du saut, une autre mare. Comme la sortie est \u00e9troite, elle ne permet le passage que de 3 personnes, deux autres passent avec les pistons, le marteau, les pointeaux et la corde de 100 m\u00e8tres. Nous pr\u00e9voyons donc un autre saut apr\u00e8s la deuxi\u00e8me mare. Le pointeau reprend le transpercement de la roche. Une demie heure plus tard, alors que le trou \u00e9tait presque termin\u00e9, le pointeau se casse. On installe le rappel et Carlos descend. Effectivement, comme nous l&rsquo;avions calcul\u00e9, la sortie de la seconde mare (dans laquelle il n&rsquo;y a de la place que pour deux personnes) marque le d\u00e9but d&rsquo;un saut de 17 m\u00e8tres: 4 en vertical et le reste en saillie \u00e9tant donn\u00e9 que la base est courb\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, nous apercevons un grand tron\u00e7on plat. Cette vision nous encourage et afin de faire passer les sacs \u00e0 dos, nous nous espa\u00e7ons. Avec un t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique fabriqu\u00e9 avec la corde de 60 m\u00e8tres, nous descendons le mat\u00e9riel au pied du saut final. Lentement, nous descendons tous en rappel. Le contact de l&rsquo;eau est vraiment d\u00e9sagr\u00e9able. Nous sortons, tremblants de froid.<\/p>\n<p>Dans cette zone, il y a de nombreux nids de pigeons qui profitent de chaque cavit\u00e9 pour s&rsquo;installer. Des pigeonneaux sont \u00e0 port\u00e9e de main. C&rsquo;est avec regret que nous laissons leurs nids vides. Une fois \u00e0 Rodello, ils nous ont expliqu\u00e9 que ce tron\u00e7on de la gorge est un lieu d&rsquo;\u00e9levage de pigeons. Nous nous r\u00e9unissions au pied du saut, le soleil tombe vite ici. Pendant que nous nous s\u00e9chons, nous en profitons pour manger des raisins secs, des pruneaux, des amandes, des noisettes&#8230; ce qui ne convient pas \u00e0 certains qui sortent alors un gros saucisson. Pendant ce temps, nous expliquons que dans ces deux cascades, se trouvent aussi des traces d&rsquo;une pr\u00e9c\u00e9dente descente. Peut-\u00eatre ont-ils emprunt\u00e9 une autre voie&#8230; Nous reprenons notre marche. Pendant environ deux kilom\u00e8tres, nous ne rencontrons aucune difficult\u00e9. Ce tron\u00e7on est r\u00e9put\u00e9 pour les Jardins de Juan (los Huertos de Juan). Un sentier qui descendait jusqu&rsquo;\u00e0 Ot\u00edn. Selon Christian Abad\u00ede, Juan venait jusqu&rsquo;ici pour cultiver un petit jardin. Le sentier montait ensuite en pente raide jusqu&rsquo;\u00e0 des champs de la commune d\u2019Ot\u00edn. C&rsquo;est \u00e9trange l&rsquo;infime rendement qui aurait pu en \u00eatre obtenu&#8230;<\/p>\n<p>La vue s&rsquo;adapte aux mille formes adopt\u00e9es par la roche. Deux aiguilles g\u00e9antes, aussi fines que la Cuca de Bellosta nous font loucher&#8230; Quelques vitrines s&rsquo;ouvrent sur les \u00e9pais murs de pierre&#8230; Dans les points d&rsquo;eau \u00e0 moiti\u00e9 vides \u00e0 cause de l&rsquo;infiltration et de l&rsquo;\u00e9vaporation, une quantit\u00e9 de barbeaux sont entre la vie et la mort. La pluie n&rsquo;est pas pr\u00e9vue, ils vont donc in\u00e9vitablement p\u00e9rir. C&rsquo;est apr\u00e8s ce laps de temps que l&rsquo;on discerne Mascun. Les falaises occupent \u00e0 nouveau toute la verticalit\u00e9 et se resserrent rapidement. Une piscine profonde occupe quant \u00e0 elle tout le lit. Au-del\u00e0 de la rivi\u00e8re, elle s&rsquo;\u00e9tend jusqu&rsquo;\u00e0 toucher les deux rives. Une fois encore, nous enlevons nos combinaisons. L&rsquo;eau est beaucoup plus froide, les rayons du soleil ne passent jamais ici. A peine la lumi\u00e8re du jour se l\u00e8ve-t-elle que le photom\u00e8tre nous indique l&rsquo;exposition pour obtenir l&rsquo;intensit\u00e9 de la lumi\u00e8re. La multiplicit\u00e9 des points d&rsquo;eau nous emp\u00eachent de remettre les v\u00eatements que nos corps r\u00e9clament en tremblant. Les parois sont droites et discontinues. En cas d&rsquo;orage dans les Oscuros d&rsquo;Ot\u00edn, il est impossible de s&rsquo;abriter. Les grands rochers encastr\u00e9s \u00e0 10 m\u00e8tres au-dessus de nos t\u00eates nous procurent une sensation d&rsquo;instabilit\u00e9.<\/p>\n<p><a name=\"_GoBack\"><\/a>Nous parcourons 200 m\u00e8tres dans les Oscuros, lorsque le cours d&rsquo;eau passe sous terre. En pr\u00e9vision, nous sortons les lampes de poche. 100 m\u00e8tres de grotte, le sol est jonch\u00e9 de blocs anguleux.<\/p>\n<p>Aux deux sorties, s&rsquo;entassent des troncs \u00e9pais et des branches mortes, emport\u00e9s par le courant violent. Dans la cavit\u00e9, qui forme un virage serr\u00e9, le canal s&rsquo;\u00e9largit. Une nouvelle fois, \u00e0 la sortie par un saut de 4 m\u00e8tres, l&rsquo;\u00e9troitesse est de retour (2 m\u00e8tres de large). Il fait de plus en plus obscur. Nouveau saut de 5 m\u00e8tres qui nous oblige \u00e0 installer la corde. Les plongeons se succ\u00e8dent dans les points d&rsquo;eau gel\u00e9s et naus\u00e9abonds, r\u00e9sultat d&rsquo;une stagnation prolong\u00e9e.<\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">\u00c0 ce moment-ci, on peut voir comme le plus sombre des tron\u00e7ons s&rsquo;ouvre devant nous. Un trou ovale, qui 10m au-dessous laisse voir des eaux des couleurs ind\u00e9finies &#8230; Noir, vert, sombre &#8230; La lumi\u00e8re, dans le fond, n&rsquo;existe pas. Nous craignons le pire : il s&rsquo;agit d&rsquo;une fosse sans continuation horizontale. Toutefois, le fait de trouver pour la premi\u00e8re fois des restes d&rsquo;autres exp\u00e9ditions, des clous, des morceaux de suspente &#8230; nous nous renforce un peu. Compl\u00e8tement humides, les rafales d&rsquo;air canalis\u00e9es nous g\u00e8lent.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">Nous avons install\u00e9 la corde de 100 m, pour pr\u00e9venir ce qui vient apr\u00e8s de ce puits noir. Manolo commence \u00e0 descendre, apr\u00e8s deux flaques d&rsquo;eau successives, il a cri\u00e9 que 150 m. au-del\u00e0 des rayons du soleil peuvent \u00eatre vus. Plus rapide que de d\u00e9cider qui sera le suivant \u00e0 descendre, le reste de l&rsquo;\u00e9quipe est d\u00e9j\u00e0 dans le bas. Aux sorties des trous d&rsquo;eau, plus de deux ou trois personnes c&rsquo;est impossible, mais la corde est assez longue et nous avons gagn\u00e9 deux nouveaux \u00e9chelons de 4 et 5 m\u00e8tres.<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"fr-FR\">\u00c0 la sortie de la flaque d&rsquo;eau, apr\u00e8s le saut de 5 m\u00e8tres, nous avons trouv\u00e9 deux clous bien plac\u00e9s ; c&rsquo;est ici ou nous avons install\u00e9 la corde de 60 m, laquelle nous avons permis de surmonter les derniers obstacles des sombres. Plusieurs trous d&rsquo;eau nous prennent \u00e0 la derni\u00e8re difficult\u00e9 ; une cascade de 7 m &#8230;- l&rsquo;eau, beaucoup plus froid, nous avons indiqu\u00e9 l&#8217;emplacement des ressorts. D\u00e9pass\u00e9 le saut, ce ravin est d\u00e9j\u00e0 enti\u00e8rement connu. Un feu de joie nous fait revivre. Ensuite, dessous des derniers rayons du soleil et sans fatigue apparente, on marche vers Rodellar. Il a \u00e9t\u00e9 16 heures.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Historiette de La Sierra de Guara En 1974, on a fait la premi\u00e8re descente globale de Masc\u00fan, le canyon le plus important de la Sierra de Guara a \u00e9t\u00e9 atteint par une \u00e9quipe du Club Pe\u00f1a Guara. 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